15 juin 2026
Marc Bihain, special advisor to the IBR-IRE president
Les 22 et 23 mai derniers, j'ai eu l'occasion de participer à la conférence internationale de l'EFAA (European Federation of Accountants and Auditors for SMEs), organisée à Dublin avec le soutien d’ACCA Ireland.
Cette rencontre a rassemblé des représentants des organisations professionnelles européennes, des praticiens de la comptabilité et de l’audit, des régulateurs, des universitaires ainsi que plusieurs organismes internationaux de normalisation.
Au-delà de la diversité des sujets abordés, un message fort s'est dégagé de l'ensemble des interventions : nos professions d’expert-comptable et d’auditeur traversent une période de transformation profonde, mais cette évolution constitue davantage une opportunité qu'une menace.
Plus que jamais, les PME européennes ont besoin de professionnels capables de les accompagner dans un environnement devenu plus complexe, plus numérique et plus exigeant.
Dès l'ouverture de la conférence, Salvador Marín, président de l'EFAA, a rappelé un principe fondamental au cœur de la mission de l’EFAA : des cabinets solides sont indispensables à des PME solides, elles-mêmes essentielles à la compétitivité et à la résilience de l'économie européenne.
Cette idée a traversé l'ensemble des débats. Face à la multiplication des obligations réglementaires, aux défis de la transition numérique et aux nouvelles exigences en matière de durabilité, les PME ont besoin d'un accompagnement adapté à leur réalité.
La question de la proportionnalité est ainsi apparue comme un enjeu majeur. Les règles doivent permettre d'atteindre leurs objectifs sans imposer aux petites structures des charges administratives disproportionnées.
Le rôle des organisations professionnelles telles que l’IRE est dès lors essentiel : porter la voix des PME et des praticiens qui les accompagnent, tout en veillant à ce que les évolutions réglementaires restent applicables sur le terrain.

L'intelligence artificielle a naturellement occupé une place centrale dans les discussions. Le consensus était clair : l'IA n'est plus une tendance émergente mais une transformation structurelle qui modifie déjà l'exercice de nos professions.
L'automatisation croissante des tâches répétitives et des travaux de conformité libère du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Cette évolution ne diminue pas l'importance du professionnel ; elle renforce au contraire la nécessité de son jugement, de son expérience et de sa capacité d'analyse.
Les initiatives présentées lors de la conférence ont montré que la digitalisation est désormais une réalité concrète dans de nombreux pays européens. Facturation électronique, automatisation des processus déclaratifs, exploitation des données : autant d'outils qui transforment progressivement les cabinets.
La véritable valeur ajoutée du professionnel de demain résidera dans sa capacité à combiner la puissance de la technologie avec l'intelligence humaine. Les outils pourront produire des analyses ; ils ne remplaceront ni le discernement professionnel, ni la compréhension des besoins spécifiques d'un entrepreneur, ni la relation de confiance construite avec le client.
Dans un environnement marqué par l'accélération technologique, la question de l'éthique a occupé une place particulièrement importante.
Gabriela Figueiredo Dias, présidente de l'IESBA, a présenté les travaux récents consacrés à la notion de proportionnalité dans l'application du Code international d'éthique. Vous pouvez consulter ce document sur le lien suivant : IESBA Releases Guide on Proportionality of the IESBA Code | Ethics Board.
Son message était particulièrement pertinent : l'éthique ne doit pas être perçue comme une contrainte réglementaire supplémentaire mais comme l'un des fondements mêmes de notre profession.
J'ai eu le privilège de participer à une table ronde animée par Nelson Ferreira et consacrée à cette thématique aux côtés de Gabriela Figueiredo Dias et de Robert Mul, de la NBA. Les échanges ont notamment mis en évidence l'importance de distinguer les obligations légales des principes éthiques plus larges qui guident nos décisions professionnelles.
L'expérience montre que les dilemmes éthiques ne trouvent pas toujours leur réponse dans un texte réglementaire. L'acceptation d'un client, la gestion d'un conflit d'intérêts ou encore certaines stratégies fiscales exigent avant tout du jugement professionnel et application proportionnée à la taille et à la complexité de nos clients.
Mais à l'heure où les technologies prennent une place croissante dans nos activités, l'éthique demeure probablement notre principal facteur de différenciation.
Un autre sujet a suscité de nombreux échanges : l'attractivité de la profession.
Partout en Europe, les cabinets de comptabilité et d’audit rencontrent des difficultés croissantes pour recruter de nouveaux talents. Les attentes des jeunes générations évoluent, tandis que les secteurs technologiques et du conseil attirent une partie importante des profils recherchés.
Pourtant, le paradoxe est frappant : jamais nos professions n'ont offert autant de perspectives d'évolution. Les interventions ont souligné la nécessité de mieux communiquer sur la réalité actuelle de nos métiers. L'image du professionnel cantonné à la conformité, à des tâches de contrôle ou à la production de déclarations ne correspond plus à la pratique moderne.
Aujourd'hui, nous sommes appelés à devenir des partenaires des entreprises, capables d'accompagner leurs dirigeants dans leurs choix stratégiques, financiers, numériques ou organisationnels. Cette dimension de conseil, d'accompagnement et de création de valeur constitue sans doute l'un des meilleurs arguments pour attirer les talents de demain.
Si un enseignement devait résumer cette conférence, ce serait probablement celui-ci : le centre de gravité de notre profession est en train de se déplacer.
La conformité reste indispensable. Elle constitue le socle de notre expertise et de la confiance accordée à nos professions. Mais elle n'est plus suffisante à elle seule pour répondre aux attentes des entrepreneurs.
Les PME recherchent aujourd'hui des interlocuteurs capables de les aider à comprendre leur environnement, à intégrer les nouvelles technologies, à anticiper les évolutions réglementaires et à prendre de meilleures décisions. Elles ont besoin d'un conseiller de confiance disposant d’une vision stratégique autant que d'un expert technique.
La conférence 2026 de l’EFAA a confirmé que l'avenir de nos professions ne se construisent pas contre le changement mais grâce à lui. À condition de préserver ce qui fait notre identité (l'éthique, la compétence et l'intérêt général), nous disposons d'une occasion unique pour renforcer encore notre rôle au service des PME et de l'économie européenne en général.